Au Maroc, le diagnostic et le traitement de la tuberculose sont gratuits. Et pourtant, la maladie continue de ruiner des familles. Comment est-ce possible ? C'est précisément la question à laquelle le ministère de la Santé veut répondre, en mesurant pour la première fois l'ampleur réelle des « coûts catastrophiques » supportés par les patients tuberculeux et leurs ménages. Cet article explique ce que recouvre cette notion, pourquoi elle est cruciale, ce que disent les chiffres de la TB au Maroc — et comment répondre à l'appel à candidature.
📋 Une étude nationale lancée par le ministère
Le Ministère de la Santé et de la Protection Sociale s'apprête à mener une étude d'envergure sur les coûts catastrophiques associés à la tuberculose au Maroc et leurs impacts sur les patients et leurs ménages. Selon le ministère, l'objectif est d'examiner l'ampleur, la distribution et les déterminants des coûts supportés par les malades et leurs familles, afin de réduire les dépenses catastrophiques et d'améliorer l'efficacité économique du système de prise en charge.
Concrètement, l'étude devra :
- Mesurer l'ampleur réelle des coûts (dépenses médicales résiduelles, frais de transport, d'alimentation, d'hébergement, et pertes de revenus liées à la maladie) ;
- Identifier les déterminants des coûts élevés : caractéristiques socio-économiques, cliniques et géographiques des ménages ;
- Documenter les stratégies d'adaptation des familles : endettement, vente d'actifs, appauvrissement progressif, déscolarisation, etc. ;
- Repérer les groupes les plus vulnérables : ménages à faible revenu, populations en situation de précarité ;
- Formuler des recommandations opérationnelles pour mieux protéger financièrement les patients et optimiser l'organisation des soins.
💡 « Coûts catastrophiques » : de quoi parle-t-on ?
La notion de coûts catastrophiques ne désigne pas une catastrophe médicale, mais financière. Dans le cadre de la stratégie mondiale de l'OMS « Pour mettre fin à la tuberculose » (End TB), on considère qu'un ménage subit des coûts catastrophiques lorsque le total des dépenses liées à la maladie dépasse un seuil critique de son revenu annuel — un repère souvent fixé à 20 %. Ces coûts se répartissent en trois catégories :
| Type de coût | Exemples |
|---|---|
| Directs médicaux | Dépenses de santé résiduelles (examens complémentaires, soins non couverts…) |
| Directs non médicaux | Transport vers les centres de soins, alimentation adaptée, hébergement |
| Indirects | Perte de revenus, baisse de productivité, perte d'emploi pendant les mois de traitement |
Ce sont souvent les coûts indirects et non médicaux — invisibles dans les statistiques hospitalières — qui font basculer un ménage dans la précarité.
⚖️ Le paradoxe : des soins gratuits, des ménages ruinés
Au Maroc, le diagnostic et le traitement de la tuberculose sont assurés gratuitement par le ministère, à travers le Programme National de Lutte AntiTuberculeuse (PNLAT). Un acquis majeur — mais qui ne suffit pas à protéger les familles. Comme le souligne le ministère, la gratuité des soins ne signifie pas l'absence de charge financière. Plusieurs facteurs expliquent ce paradoxe :
- Un traitement long : la tuberculose se traite sur plusieurs mois (au moins six), avec des déplacements répétés vers les centres de soins.
- L'âge des malades : la maladie frappe surtout les 15-44 ans, la tranche la plus active — donc celle dont l'arrêt de travail pèse le plus lourd sur le foyer.
- Les coûts « cachés » : transport, alimentation, hébergement lors des consultations, et surtout la perte de revenus quand le malade ne peut plus travailler.
- Une population souvent fragile : la TB touche de façon disproportionnée les ménages les plus pauvres et les zones urbaines et périurbaines défavorisées des grandes agglomérations.
La pauvreté favorise la tuberculose, et la tuberculose aggrave la pauvreté. Pour faire face, les familles s'endettent, vendent des biens, parfois déscolarisent des enfants : autant de mécanismes que l'étude entend documenter précisément.
📊 La tuberculose au Maroc en chiffres
La tuberculose reste un problème majeur de santé publique au Maroc, même si le pays a réalisé des progrès notables. Quelques repères, attribués au PNLAT et à l'OMS :
- En 2024, 33 036 cas toutes formes confondues ont été notifiés, soit une incidence de 92 pour 100 000 habitants.
- La maladie se concentre dans les zones urbaines et périurbaines denses des grandes villes, là où les déterminants socio-économiques pèsent le plus.
- Elle touche surtout la tranche d'âge 15-44 ans, la plus productive économiquement.
- L'émergence de formes multi-résistantes et ultra-résistantes (TB-MR/UR) constitue un défi majeur.
- Le rythme de baisse de l'incidence reste insuffisant pour atteindre l'objectif d'élimination de la tuberculose fixé à 2030.
Pour y répondre, le PNLAT a élaboré un Plan Stratégique National (PSN) 2024-2030, en cohérence avec la stratégie mondiale « Pour mettre fin à la tuberculose ».
🎯 Pourquoi cette étude est décisive
Mesurer les coûts catastrophiques n'est pas un exercice académique : c'est un indicateur clé de la stratégie End TB de l'OMS, qui vise l'objectif ambitieux de « zéro ménage touché par la tuberculose confronté à des coûts catastrophiques ». Sans données chiffrées, impossible de savoir si cet objectif est atteint — ni où agir.
⭐ Des chiffres pour orienter les politiques publiques
Les résultats permettront d'orienter l'action vers une meilleure protection financière des patients : renforcement de la protection sociale, aide au transport ou à l'alimentation, appui aux revenus pendant le traitement, ciblage des ménages les plus exposés. Autrement dit, transformer un constat en mesures concrètes.
L'étude s'inscrit dans un lien plus large, souligné par le plan stratégique national : celui qui unit lutte contre la tuberculose et développement humain. Protéger financièrement les malades, c'est aussi favoriser l'observance du traitement, limiter les abandons — et donc mieux contrôler la maladie elle-même.
📝 Appel à candidature : comment postuler
Le ministère recherche des prestataires (chercheurs, consultants, bureaux d'études) résidant au Maroc pour réaliser cette étude. Voici les modalités communiquées :
- 1Date limiteLe dossier de candidature doit être envoyé avant le 30 juillet 2026 à minuit.
- 2Adresse postaleDirection de l'Épidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Service des Maladies Respiratoires, 71, Avenue Ibn Sina, Agdal, Rabat.
- 3Adresses électroniques
Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. etCette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. - 4Objet de l'e-mail« TDR Étude sur les coûts catastrophiques associés à la tuberculose au Maroc et leurs impacts sur les patients et leurs ménages ».
Les termes de référence complets (objectifs détaillés, méthodologie attendue, livrables, critères d'éligibilité et de sélection) sont publiés sur le portail du Ministère de la Santé et de la Protection Sociale (sante.gov.ma). Reportez-vous-y avant de constituer votre dossier.
❓ Questions fréquentes
✅ L'essentiel
En lançant cette étude, le Maroc franchit une étape importante : reconnaître que guérir de la tuberculose ne devrait pas ruiner une famille. Derrière une notion technique — les coûts catastrophiques — se joue une question d'équité : protéger les plus vulnérables et briser le cercle vicieux entre maladie et pauvreté. Les données produites devraient nourrir des politiques de protection financière concrètes, au service de l'objectif d'élimination de la tuberculose à l'horizon 2030.
Vous êtes chercheur ou consultant ? Candidatez avant le 30 juillet 2026
Le Ministère de la Santé et de la Protection Sociale recherche des prestataires résidant au Maroc pour réaliser cette étude.
📍 Adresse : Direction de l'Épidémiologie et de Lutte contre les Maladies, Service des Maladies Respiratoires, 71, Av. Ibn Sina, Agdal, Rabat
✉️ E-mails :
📝 Objet : « TDR Étude sur les coûts catastrophiques associés à la tuberculose… »
Article informatif reprenant une annonce publique du Ministère de la Santé et de la Protection Sociale. Vérifiez toujours les modalités exactes dans les termes de référence officiels.
Sources et références :
• Ministère de la Santé et de la Protection Sociale (Maroc) — Appel à candidature et termes de référence de l'étude sur les coûts catastrophiques associés à la tuberculose (16 juillet 2026), sante.gov.ma
• Programme National de Lutte AntiTuberculeuse (PNLAT) — Revue épidémiologique et Plan Stratégique National 2024-2030 (33 036 cas en 2024, incidence 92/100 000)
• Organisation mondiale de la santé (OMS) — Stratégie « End TB » et notion de coûts catastrophiques (seuil de 20 % du revenu du ménage)
• Presse marocaine (Aujourd'hui le Maroc, LesEco) — présentation de l'étude et de ses objectifs, juin 2026
• Evitalink.com — Information santé et accompagnement médical au Maroc
Article d'information reprenant une annonce publique. Les chiffres sont attribués à leurs sources. Pour toute candidature, se référer aux termes de référence officiels du ministère.